Boris Dunand

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D’où, pourquoi, comment, peut-être

J’ai fait le choix de voir ma naissance à l’écriture au moment où ce qu’il convient de nommer « le journal intime » s’est installé parmi les rituels de ma présence au monde. Il y aurait sans doute d’autres sources, d’autres départs éligibles, mais c’est celui qui se manifeste le plus distinctement à mes yeux lorsque je relis mon cheminement.

Je crois volontiers que c’est sa valeur affective qui me porte à lui donner ma préférence : il coïncide avec la fin d’une certaine paix, d’une certaine tranquillité. L’adolescence forme le paysage de cette perte, et peut-être a-t-elle favorisé la sensibilité de ma réponse au déclencheur, mais c’est bien l’invitation de la maladie grave dans le cercle familial qui a marqué le début que je tente de décrire. Le geste particulier du journal intime s’est imposé au moment où l’intime sécurité de la famille a été ébranlée – difficile de ne pas tendre un pont entre ces deux événements. (Je n’ai fait le rapprochement que beaucoup plus tard, en relisant mes premières pages). Je ne me hasarderai cependant pas à théoriser sur les motifs possibles de cette simultanéité, tant il s’agirait davantage d’en réduire la pressentie complexité pour le confort de notre esprit plutôt que pour l’intelligence de notre compréhension.

Parmi celles qu’il serait possible d’identifier encore, et toutes celles qui sont à venir, il y a une deuxième naissance que je me dois de remarquer. C’est le moment où j’ai choisi de donner à l’écriture toute la place qu’elle demandait. Formule vague par laquelle je veux évoquer l’urgence ressentie et le besoin vital d’en suivre l’invitation, un appel intérieur, irrationnel et peu raisonnable, mais qu’une certaine écoute de soi tend à révéler avec une force qui empêche de trop raisonner. Et c’est de n’avoir pas écouté les voix de la raison, précisément, qui m’a porté à me risquer à ce voyage. Un temps où l’écriture est devenue le centre, le pivot, la colonne d’existence, et qui m’a permis, mais aussi et surtout contraint, d’apprendre à son contact un nouveau rapport, tissé du désir d’être lu, du besoin de la rencontre – et donc imprégné d’exigences nouvelles.

Depuis, l’écriture a gardé son importance vitale, tout en ayant dû trouver une place relative et viable. Je pourrais d’ailleurs remplacer le terme « écriture » par celui de « poésie », voire d’ « état poétique ». Car c’est finalement la vibration enchantée d’où sourdent les mots dont je ne saurais me passer.

 

Son site: http://connexus.ch/

- Un court-texte de Kinoïte – Par Boris Dunand

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