Hélène Sutin

Un jeu de regard…

 

“Ils opposent à la solitude de l’artiste leur indispensable vis-à-vis.”

Elle ? Lui ? Deux, « il était une fois », à travers ma plume/qui feront encore couler beaucoup d’encre… Elle ? Je l’ai rencontrée la première. Lui ? On l’a attendu pour notre entrevue à la galerie, cherchant désespérément un moyen de garer son véhicule dans les rues bondées de Carouge. La Belle Hélène a dû se présenter pour deux. Enfin, accompagnée de l’un de ses précieux trésors sous le bras qui finalement faisait très bien l’affaire pour lui tenir compagnie. Il est évident qu’escortée par le légendaire Serge Gainsbourg, le sentiment de solitude est inconcevable. Femme farouche et calme, un regard de feu décidé, comme une lionne prête à dévorer le Monde de sa grâce et sa finesse, elle présente son tandem avec une éloquence raffinée et naturelle. Sous ses airs classieux et soignés « cette fausse rigueur », se cache un coeur généreux, un personnage plein d’humour et de vie, une fois le pas de sa demeure passé. Elle est Femme : sans pudeur aucune et franche avec elle-même, elle ne craint pas d’exposer sur ses murs ses portraits retraçant aussi ses moments gris, le reflet d’un visage fragile. Hélène Sutin est l’une des expressions de la femme les plus authentiques et retranscrit ce rôle sans artifices aucuns, dans leur binôme artistique.

Lui ? Reste toujours un mystère que je tente de cerner sur leur site Web tant par les rédactionnels que par quelques photos, ici et là. Faire le portrait à travers les écrits de tierce et de quelques images figées, reste relativement délicat et dur. Les questions se bousculent dans ma tête et mon imagination prend le dessus pour trouver les réponses à Qian Chong. En plein stress du vernissage précédent l’expo de notre duo, je me décide de prendre une bulle d’oxygène, quelques instants, au sous-sol de la galerie, afin de m’évader sur l’une des toiles de Katheline Goossens. Etrange, mais intuitivement, je sens que l’on me cherche, du regard. C’est surprenant mais, Lui, me connaissait déjà avant de m’avoir vu. Je lui fais partager ma bulle, isolée des bruits, rires, gens et autres qui deviennent flous. Enfin je trouve réponse à mes questions. Il s’agissait d’être patiente, pour qu’elles viennent à moi à travers ce jeune homme frêle et silencieux. Un dénouement de cravate, une expiration synonyme de détente et voilà que le silence se change en oratoire à lui tout seul et nous voilà partis sur un dialogue sans fin. « Victoria, on a besoin de toi en haut tu étais où bon sang ? » Retour à la réalité, après une belle interlude philosophique entre peinture et musique. Combien de temps en fait ?

Quelques notes qui feront chanter les couleurs… : Elle, est issue d’une formation musicale classique. Lui, sort d’un milieu grunge où sa guitare fait vibrer des notes punk. Une rencontre dans un studio suisse, il lui subtilise le crayon du portrait qu’elle dessine et finit son oeuvre. Le « coup de pinceau » est passé pour donner naissance à un nouveau chapitre artistique de nos deux compères. Ils troquent alors leurs instruments contre quelques pinceaux, une ribambelle de pots d’acrylique, de peintures à l’huile et des toiles qui immortaliseront leur histoire. Rendez-vous à l’improviste dans un sous-sol, qui devient, au final, leur atelier attitré chez Hélène Sutin. Ils se hâtent à quitter leur quotidien, pour laisser sur le pas de la porte, les idées moroses et abandonner les mocassins vernis pour de vieilles fringues déjà entachées de leurs fantaisies infinies. Quand le soleil pointe le bout de son nez, c’est sur les herbes du jardin que s’adonnent nos artistes. Un café, un thé vert, quelques paroles échangées, ils imaginent un Univers bien à eux. Il est temps de le poser sur « papier ». Ainsi leurs idées se lient et délient, au fil du temps passé ensemble à redessiner leurs proches ou les êtres de ce Monde. Nos deux oiseaux commencent alors leur danse ; pas d’accro, une fluidité naturelle entre Elle et Lui, comme si l’un était le prolongement de l’autre. Un bal poétique et rock autour de leurs toiles, d’où émergent d’abord les portraits de leurs intimes puis leur propres visages à travers le regard de l’autre. C’est avec une harmonie sans heurt que l’un commence, l’autre finit les premiers jets de son partenaire. Jamais de fausses notes, une symphonie de couleurs, d’idées fraîches et provocantes qui miroitent les personnalités de nos deux alternatifs. Ni homme, ni femme, juste expression par la couleur. Ils s’entichent de grands hommes pour leur donner un visage encore plus charismatique et mystique qu’ils l’ont eu. Une manière de faire perdurer ceux qui ont construit l’histoire du genre humain avec imagination et quelques touches d’ironie et d’humour bien gérées. On se réjouit de les voir s’approprier nos murs carougeois, le temps d’une exposition, et leur donner une âme bien particulière, voire « humaine ».

 

Par Victoria von Fliedner

 

Son site: http://hsqc.net/

Quian Chong

Un jeu de regard…   “Ils opposent à la solitude de l’artiste leur indispensable vis-à-vis.” Elle ? Lui ? Deux,…