Jacqueline Thévoz

Je suis un Taureau authentique du 29 avril 1926. Mon père, fils de paysans vaudois, médecin spécialiste oto-rhino, a traduit les poètes espagnols, traversé le lac de Neuchâtel à la nage et nous a élevés, mes frères et ma soeur (je suis l’aînée) à la spartiate. Ma maman, Maman-Soleil, à qui j’ai consacré l’un de mes livres, est fille du Dr Louis Thurler, dramaturge et créateur du théâtre fribourgeois.

Né à Estavayer-le Lac, j’ai crû en sagesse et en foi, d’abord à Bâle, où Papa était chef de clinique, et où j’ai subi une mastoïdectomie, puis à la Tour Bel-Air de Lausanne, où Papa reçut une foule de patients venus profiter de ses bons soins et de la vue sur la ville. Nous opérions en famille. Quand les opérés étaient des enfants, Maman les tenait sur ses genoux pendant que je mettais des petits gouttes d’éther sur leur masque pour commencer la narcose, le temps, pour Papa, de préparer ses instruments. Après les opérations, avant de  partir pour l’école, nous lavions les instruments ou tendions le bassin aux opérés à leur réveil, car ils vomissaient tous. Plus tard, Papa forma lui-même des filles de la campagne et Maman put lui servir de secrétaire.

Comme je n’avais jamais cessé de lire, Papa m’ayant obligée très tôt à déchiffrer les titre de son journal (« L’Action Française ») je pus entrer avec une année d’avance à l’Institut des bonnes Soeurs françaises.

Enfants, mes deux frères, ma petite soeur et moi-même, n’avons jamais joué. Nous lisions. Invités, nous emportions nos livres. Nos amis s’interrogeaient : « Les enfants Thévoz sont-ils malades ? » A vrai dire, n’ayant jamais su perdre notre temps depuis notre plus jeune âge a fait que nous avons beaucoup appris et créé. C’est ainsi que j’ai pu écrire 35 livres et en publier une trentaine, à l’orthographe impeccable grâce à Papa, très sévère à ce sujet. Nos réunions du dimanche se passaient à récolter toutes les fautes trouvées durant la semaine dans les journaux et à la radio.

A l’âge de quinze ans, je quittai l’Institut des bonnes Soeurs avec un riche bagage de savoir et de respect des autres (nous étions vouvoyés et, en retour,  devions baisser la tête devant les maîtresses) pour entrer dans la classe de virtuosité de piano du Maître Henri Stierlin-Vallon et celle de composition du Maître Aloÿs Fornerod. J’ai écrit, depuis lors, une centaine d’oeuvres, surtout pour piano, dont la fameuse « Giscarde » que nous avons chantée et dansée avec mon corps de ballet à la TV française.

A côté de cela, passionnée de danse classique, j’ai eu plusieurs maîtres, dont Youra Tcheremissinoff, Line Bayard et  Achille Markov, et après avoir donné quelques leçons de piano, plus tard,  j’ouvrirai  plusieurs Ecole de ballet, à Estavayer, à Fribourg (Studio du Pont  Zaehringen, Studio du Théâtre, école de chorégraphie musicale) au Collège de St-Maurice( pour y monter les ballets du « Bourgeois Gentilhomme »), à Lausanne (où je serai maîtresse de ballet de La Paternelle et où j’aurai mon Studio de Béthusy-Bellevue), à l »‘Ecole pilote de Romanel-Cheseaux, et enfin à Renens, où l’on me confiera toutes les classes de rythmique de la ville.

Mais je suis aussi journaliste, collaborant à plusieurs journaux romands (« La Suisse », « La Tribune de Lausanne » (sous le pseudonyme de Jacques Lenda), « La Femme d’Aujourd’hui », « Femmes suisses », « Le Bonjour de Jack Rollan », etc.)

La naissance de ma fille fut un grand tournant de ma vie. Désespérée de découvrir que mon premier grand amour, qui me considère comme une icône, ne veut pas m’épouser, je me fais dépuceler par un neveu de général, puis je mène une vie très dissolue à l’Ecole des sciences po de l’Université de Lausanne où nous sommes trois filles pour 150 garçons. Et un beau jour, au Comptoir suisse,  je tombe sur un photographe d’art, hélas déjà marié, qui est en train de me photographier et qui porte le même nom que moi. C’est le coup de foudre, puis cette naissance de ma fille…

Pour fuir la fureur paternelle, je déménage toute ma chambre, dont mon piano, de nuit, de la Tour Bel-Air à une vieille maison dans la Basse-Ville de Fribourg, au bord de la Sarine, puis je suis entraînée par une amie à l’île d’Ibiza, d’où je dois repartir, à cause d’une hémorragie, pour Montpellier. Je suis alors recueillie par la famille du consul de Suisse (qui ne sut jamais que j’avais effacé le « line » de mon passeport pour que mon enfant, qui porterait à la fois mon nom et celui de son père, ait aussi son prénom !)

Evidemment, le passage de la frontière avec ma fille non déclarée (mon père m’avait interdit de revenir en Suisse) cachée dans un sac fut un moment difficile, et j’aurais fini en prison sans le geste généreux de mon premier éditeur, qui connaissait le préfet. Car j’avais continué à écrire des livres. Mon petit traité de danse classique fut primé à Paris. Ce qui n’empêcha pas le chroniqueur fribourgeois de m’assommer dans son journal, ce qui porta un rude coup à mon école. Aussi, après le Festival de la jeunesse de Moscou, où nous fûmes portés en triomphe, mes camarades et moi, je m’en fus à Lausanne, où je pus poursuivre mon travail de maîtresse de ballet.

Au décès de mon père, qui coïncida avec la naissance de mon petit-fils, j’entraînai mère et enfant dans une petite maison du Kent anglais qui fut construite en un mois. Mais au bout de trois ans, pensant que ma fille serait plus heureuse seule avec son fils, je partis pour la France, en lui laissant de quoi s’acheter un appartement. Aussitôt elle fit deux fois le tour du monde avec ce bambin d’âge préscolaire qui apprit à lire sur tous les panneaux rencontrés et fut nourri au sein durant cinq ans (En Australie, à Adélaïde, il déclara tout de go : « Je ne veux plus le bon lait »)

Je passerai comme chat sur braises sur mes années de vie maritale. Mon père m’ayant laissé entendre qu’il ne me reverrait que lorsque je serais mariée, et Maman souffrant beaucoup de ne plus pouvoir me revoir et de ne pas connaître sa petite-fille, je fis paraître dans la « Tribune de Genève » une annonce conçue en ces termes : « Grande fille toute simple cherche homme poilu, viril, aimant les enfants et les voyages, pour mariage ». Quarante messieurs défilèrent donc chez moi : celui qui voulait faire le tour de France et devait s’astreindre à un régime,  celui qui ne voulait que s’amuser, et ce vieux Valaisan qui, avant de me présenter son fils,  m’apportait son linge sale pour savoir si je savais bien faire la lessive,  etc… J’ai choisi le seul qui avait pensé à m’apporter du chocolat pour ma fille et suis tombée sur un Otello, jaloux même de Dieu quand j’allais à la messe et pas du tout gentil avec mon enfant. Fatiguée de devoir appeler la maréchaussée chaque samedi soir, j’ai divorcé et fus  enchantée du précieux qu’il ma laissé : ma seconde fille !

En conclusion, à l’âge auquel je suis arrivée, je peux dire

1) que l’on peut faire beaucoup de choses sur la terre quand on ne perd pas son temps

2) que l’enfant qui a été nourri au sein durant plusieurs années sera plus que brillant (ce qui est le cas de mon petit-fils)

Et je terminerai par la définition qu’a donnée de moi feu le Professeur Etienne Chatton : « Une Merveilleuse avec le culot d’une sans-culotte » (Il est vrai que je suis naturiste, qu’à mon camp de nudistes je m’étendais sur le sol avec ma petite culotte noire sur le visage, alors qu’il eût fallu du blanc, d’où le cancer du nez que je viens d’avoir et qui me vaut d’avoir un bout de ma joue greffé sur mon pif)   En somme, je suis surtout très « nature », très franche, disant tout haut ce que les gens n’osent dire même tout bas. Je ne sais pas mentir. On le verrait sur mon visage, qui fut celui de Miss Lausanne au temps de ma jeunesse et que je vais finir par ne plus reconnaître si je dure encore trop longtemps.

Les publications de Jacqueline Thévoz

Initiation à la musique par le disque(La voix humaine)Ed.Marguerat 1956

Simon d’Estavayer,roman.Ed.du Capricorne,1956

Raison vagabonde,poèmes.Ed.Risold,1959

Mon grand voyage autour du monde,poèmes.Ed.de la Revue Moderne 1966

Petit traité de danse classique.Ed.Maison Rhodanienne de Poésie,1971

Traité de rythmique.Ed.Maison Rhodanienne de Poésie,1971

Le Cheval,livre d’art.Ed.Marguerat,1972

La Danse,livre d’art.Ed.Marguerat,1972

Aloys Fornerod,mon maître(biographie)Ed. Maison Rhodanienne,1973

Le  Roman d’un foetus.Ed.Maison Rhodanienne,1974

Escales vers ma mort(poèmes)Ed.Maison Rhodanienne,1974

Mimile(nouvelle) Ed. Maison Rhodanienne,1975

Journal poétique d’une femme de trente ans(poèmes)Editions Maison Rhodanienne,1976

Jean Dawint, l’extraordinaire châtelain de Cernex (biographie)Editions Maison Rhodanienne,1977

Le Château de Paradis(roman)Editions Maison Rhodanienne,1979

Le Prince au palais dormant(roman)Editions Maison Rhodanienne,1980

Maman-Soleil(récit)Editions Maison Rhodanienne,1980

Les Termites(roman)Edition Le Front littéraire,1982

Traité de la sexualité féminine. Editions du Nant d’Enfer 1967.Réédition aux Cahiers de la Bretagne Réelle,1986

Passage d’une comète(hommage poétique à Rudolf Noureïev)Editions du Madrier,1995

Un matricide très pardonnable(roman)Editions du Ver luisant,1999

Vieillesse en petits morceaux, Editions A la Carte,2001

Simon l’Infidèle(roman)Editions A la Carte,2002

Rhapsodie autobiographique. Editions A la Carte,2005

Vacances en Purgatoire. Editions A la Carte,2006

La Fin du monde comme si vous y étiez. Editions A la Carte,2007

44 leçons de foi. Editions A la Carte, avril 2008

Contes et légendes de l’Au-Delà. Editions A la Carte, décembre 2008

Mourir avant l’hiver ! (journal)Editions A la Carte avril 2010

Musique et explosifs(poèmes)Editions A la Carte,juin 2010

Saga familiale « Les Thévoz-Thurler » Editions A la Carte, avril 2011

Le souffle de la mort , Editions A la Carte, avril 2012

Pourquoi l’Apocalypse n’a pas eu lieu, Editions A la Carte, avril 2013

Ses publications dans des ouvrages collectifs

Bouquet de plumes, Editions La Sarine

Anthologie des Poètes, Journalistes et Ecrivains (Editions de la Revue Moderne, Paris 1959)

Gérard Boutet et 24 membres de l’Ile des Poètes 1971

Tous les Florilèges fribourgeois (Collection G. et A. Jaeger)

A collaboré durant plusieurs années à l’Encyclopédie Poétique, aux Grandes Anthologies et aux « Séquences » des Editions  Grassin

1987 World Poetry,W.P.Resaerch Institute,République de Corée

Regards sur Coppet, Editions Cabédita 1995

Malaz en poésie(ouvrage collectif de la S.A.S.)1995

Traces…pour demain(ouvrage collectif de la S.A.S.)

Nouvelles du Hasard. Editions du Vermillon,Ottawa,2004

Le Tunnel. Editions du Vermillon, Ottawa, 2007

Principales distinctions

Chevalier de l’Internationale des Arts(médaille d’argent) et de l’Ordre académique Greci-Marino

Prix Follope de la Faculté des Lettres de Lausanne, en 1949

Prix  Louis Allègre 1980

Prix » Idées pour tous » 1986

Prix d’Honneur de l’Ile des Poètes, Prix Michaël-Titus, Prix « Perspectives »,

Prix Regain, deux Prix de l’Association des Journalistes de langue française,

1er Prix aux Joutes poétiques de la Société des Poètes et Artistes de France,

Médaille Honoré Broutelle, Médaille de bronze de la Ville de Valenciennes, six Médailles d’or et deux d’Argent de l’Académie Internationale de Lutèce, Prix Ovida Delect, Prio Clio et Prix Anthologie Pinson, Médaille d’Argent d’ »Arts-Sciences-Lettres », Médaille de bronze de la Ville de Bordeaux, diplômée du Guiness des Records.

Plume de Vermeil 2010 de la Société des Auteurs Savoyards pour l’ensemble de son oeuvre.

Depuis 2007, archives à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne BCU(Fonds Jacqueline Thévoz), et Fonds musical Jacqueline Thévoz, qui comprend les disques des années 1950 sauvés de la destruction et de nombreuses partitions, dont une cassette enregistrée (« Romances à deux sous » chantées par James Chaillet avec l’auteure au piano)  « Trois chansons » aux Editions de l’Hermone et plusieurs enregistrements faits à Radio Lausanne par Colette Gendre, Jean-Marc Bory, Claude Evelyne et  Esther Ofarim. Au cinéma, on retrouve l’artiste dans un film publicitaire pour l’oeuvre d’Angelo Meani, « La Professionnelle » de Reto Maggi, « La Giscarde » à l’ORTF (dans La Lorgnette de Jacques Martin, où J.T. danse sa Giscarde avec Stéphane Collaro), le film de Robert Bouvier « Bacigalupo » au Cabaret Bataclan de Genève, et deux films de Marie-Jeanne Urech : « Le goûter de Valflora » et « Monotone, mon automne ? », qui a fait le tour du monde et dans lequel J.T.non seulement  joue son rôle d’écrivain et de journaliste, mais encore chante la chanson qu’elle a écrite pour ce film, ,en s’accompagnant au piano,  et interprète au surplus une fugue de J.-S. Bach.

 » La chanson de la Reine et du Roi », interprétée par la chanteuse israélienne Esther Ofarim, et dont Jacqueline Thévoz a écrit musique et texte, a été rééditée par Arthanor Productions (Bear Family Records)