Boris Dunand

tumblr_msjo3pW1G21qedhg0o1_1280Il y a eu les appareils qui traînaient sous les doigts potelés de l’enfant, les images des rituelles vacances le long des routes et des paysages sillonnés, une pratique familiale partagée où se jouaient de pseudo-concours qui introduisaient le rire tout en exacerbant la recherche, les intentions affectives de la mère et l’esthétisme sensible du père, la fragilité de la sœur en creux… Puis vint la passion adolescente, née comme toute passion: mystérieuse et conditionnée… Un peu de laboratoire, sans jamais trop adorer les longues heures dans la pénombre des révélateurs et les odeurs acides, mais volontiers concentré sur la manipulation des secondes en juste quantité pour voir l’image se dessiner au plus près de l’attendu – comme aujourd’hui l’attention peut se focaliser intensivement devant l’écran d’ordinateur pour tirer sur les manettes d’applications sommaires et appuyer tel contraste, apaiser telle lumière, souligner tel pli de forme… Sans se sentir pour l’instant appelé par des opérations plus avancées… Rapidement accompagnée de deux compagnes, la photographie s’est installée dans les heures creuses, tandis que l’écriture et la musique prenaient les devants. Chacune rappelant la nécessité de sa présence pour garder vivant celui qui, simultanément, s’accommodait d’études plus académiques. Longue et délicate jonglerie de besoins expressifs, créatifs, récréatifs, de curiosité déployée et de contraintes sociales. L’arrivée du format numérique a clairement pourvu d’un second souffle la présence de l’image: petits appareils en poche, le besoin de discrétion pouvant trouver son confort dans la presque invisibilité du geste, frais nettement amoindris permettant d’oublier les coûts du plaisir, immédiateté du rendu: formule magique pour un spécimen de la génération Y ! En outre, les compacts permettaient leur usage au sein même des deux acolytes: temps musicaux et promenade de futures inspirations poétiques sont si facilement ponctués d’instantanés qui leur font écho. Le goût secret, peu conscient, pour le format carré, retenu par le prix exorbitant des appareils idoines, s’est littéralement précipité sur la proposition des smartphones et de leurs applications: une vraie joie, comme un cadeau, une chance. Enfin, le partage sur les plateformes du réseau internet est venu appuyer, nourrir, relancer, entraîner, grandir, le jeu, le plaisir, la conscience, les retours…

Peut-être cette présentation le suggère sans le dire explicitement: l’image naît à l’occasion d’une expérience d’être fortuite, intimement reliée aux modalités sensibles des vécus et de leur subjectivité, traitée par des zones peu élaborées du pensé. Il n’y a pas de démarche, nulle conceptualisation de l’habitude, pas plus qu’il n’y a de « sortie photos ». Il y a des promenades pour la promenade, accompagnées ou pas d’un appareil (souvent téléphonique) où l’image ajoute d’ailleurs autant qu’elle enlève: la présence n’est pas la même, le regard sans capteur laisse plus d’intériorité, l’attention aux possibles cadres surgis de l’alentour fait quitter un peu les éprouvés et installe vaguement au-dehors de soi. Mais, donc, essentiellement, des contacts sensibles avec l’environnement, des gestalts qui s’imposent au regard; des chocs esthétiques, émotions dont l’ineffable est rassemblé, formé, rendu signifiant par cette mise en boîte, cette capture proprement dite; des bouffées d’angoisse qui trouvent rassurance dans le souvenir noté, imprimé quelque part; des joies du regard qui appellent la saisie, font vibrer le désir du partage, du témoignage. Une ordonnance naïve, spontanée et qui tient à préserver, dans l’acte, sa nature irréfléchie, tant la rationalité envahi de partout les terrains bruts du sensitif, trop souvent en les dévitalisant. Une image n’est évidemment jamais simple, mais c’est de la vivre davantage que de la penser qui se fait, et j’en suis heureux.

Son site: http://connexus.ch/

- Un court-texte de Kinoïte – Par Boris Dunand

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Sélection photographique de Boris Dunand: Vacant

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