D’Hier et d’Avant-hier #3-Philippe Monnier (1864-1911)

Gaspard Vallette + Ph. Monnier

Il s’agit effectivement d’un auteur genevois d’une génération antérieure à celles que nous présentons habituellement dans cette petite chronique. Philippe Monnier est  né le 2 novembre 1864 à Plainpalais, une commune  rattachée maintenant à Genève. Il était le fils de Marc Monnier et de Marguerite, née Micheli, dont le père était maire de Bardonnex.

Marc Monnier était un ami d’Amiel et s’était surtout fait connaître par la publication, dans  la « Bibliothèque universelle », puis dans un livre intitulé : « Genève et ses poètes », en 1878. Son héritier biologique et intellectuel sera ainsi son fils Philippe. Ce dernier obtiendra une licence en droit à l’Université de Genève en 1888, après un stage à Munich. Il séjourne ensuite à Paris jusqu’en 1890, puis à Florence pendant six années, et s’établit à Cartigny avec sa famille en novembre 1897. Il donne des cours, écrit des articles dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne, publie des poèmes, puis de brèves nouvelles. Mais ce seront surtout ses « Chroniques de la vie genevoise » qui vont désormais assurer sa notoriété, à une époque de grande transition, comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Philippe Monnier était un fidèle ami de Gaspard Vallette (1865-1911). Un monument funéraire leur est d’ailleurs consacré à Genève. (voir illustration)

En 1904, Philippe Monnier publie « Le Livre de Blaise » chez l’Editeur A. Julien, au No 32 du Bourg-de-Four. C’est un extrait de cet ouvrage que nous vous proposons ci-après. Ces pages sont en effet pleines d’une saveur certes un peu désuète, mais d’une fraîcheur printanière et écologique qui n’a perdu aucune de ses couleurs.

                                                                                     André Durussel

Du mois d’Avril qui serait le mois de Chérubin

Une fille ! une femme ! Ah ! que ces noms sont doux ! Qu’ils sont intéressants !

Ainsi s’écrie Chérubin, le jeune adepte de la nature.

Je me suis rappelé son cri ce matin qu’Avril a heurté à ma fenêtre, que je l’ai ouverte à son rayon charmant, tandis que là-bas, au fond de l’âtre, meurt le dernier tison d’hiver. Salut, mouches et corolles ! Dites, les abeilles, c’est Avril. Mois d’Avril, les enfants !

Déjà les corydales ont fleuri les chemins. Déjà les scilles et les pervenches ont ouvert leurs yeux bleus. Déjà, au marronnier de la Treille, le sautier Ruff a remarqué les petites feuilles neuves, les petites feuilles tendres qui déplissent leur corselet gommé. Il pleut des gouttelettes aux branches. Il naît des étoiles vertes aux rameaux. Les daphnés et les jonquilles traînent leurs écharpes blondes, traînent leurs écharpes roses. Sur la terre court un frisson qui l’éveille et l’émeut ; au Bois des Arts, j’ai vu le faune au pied de bouc rejoindre de cire sa flûte de roseau. Salut, Avril. N’est-ce-pas, les abeilles ?

 

                                                                                  Philippe Monnier, Le Livre de Blaise

                                                                                  Chap. 38, p. 274-275, édit. originale.

 

- Pour en savoir plus :  Fondation Monnier, Cartigny. Alfred Berchtold : La Suisse romande au cap du 20ème siècle, 1966, p. 246 à 262.

- Merci à Doris Jakubec pour sa notice dans le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS)

 

Prochaine chronique :  Grisélidis Réal (1929-2005)

 

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